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La nouvelle recette de la mayonnaise

Je ne sais pas vous, mais moi, on m’a toujours dit que la mayonnaise, pour qu’elle soit réussie, il fallait absolument la tourner très très vite avec le fouet, sous peine d’échec retentissant. C’est ce que je me suis donc toujours évertuée à faire, au prix d’horrifiantes bouffées d’angoisse lorsque ma main montrait des signes de faiblesse et ralentissait un peu sous l’effet d’une crampe malheureuse.
Au final, soit je réusissais ma mayonnaise, essoufflée, transpirante et asthénique, soit (et c’était malheureusement dans la plupart des cas) je me retrouvais avec une texture molle, tellement molle à vrai dire, qu’on ne pouvait décemment plus appeler ça une mayonnaise, mais une vinaigrette.

 

Oui, mais voilà, tout ça, c’était jusqu’à hier…
Hier, donc, je m’appliquais à faire une mayonnaise et comme d’habitude, je tournais frénétiquement mon fouet pour que surtout, SURTOUT, l’huile ne reste pas en surface. C’est à ce moment là que ma fille a voulu me montrer Tchoupi sur son manège, et que, les yeux rivés sur mon bol, et toute à la douleur de ma main droite, je lui ai répondu en rugissant que MAMAN NE POUVAIT VRAIMENT PAS REGARDER MAINTENANT PARCE QU’ELLE FAISAIT UNE MAYONNAISE!!!!!
Elle est restée là, à m’observer avec une étrange curiosité, un peu comme un entomologiste exminerait une espèce de coléoptère encore inconnue à ce jour. Son regard a eu pour effet immédiat de me distancier des évènements, et j’ai subitement trouvé la situation absolument ridicule et tout à fait hilarante.
J’ai alors lâché mon bol de mayonnaise, pris une minute pour admirer Tchoupi dans son hélicoptère, rendant par la même occasion son inestimable sourire à ma fille, puis j’ai repris ma tâche, mais en bravant le Grand Interdit des Tourneurs de Mayonnaise: J’ai ralenti le rythme. Parce que je me suis dit qu’après tout, quitte à rater cette mayonnaise, autant la rater avec zen.
J’ai donc tourné mon fouet avec lenteur, faisant ainsi fit de décennies de conditionnement culinaire. Et qu’est-il advenu de ma mayonnaise? Eh bien, je crois pouvoir dire, non sans fierté, qu’elle n’avait jamais été si ferme.

 

Pourquoi je vous parle de cet épisode en apparence complètement anecdotique? Justement parce qu’il est tout, sauf anecdotique. Je trouve ça particulièrement métaphorique et révélateur. C’est exactement ce qui se passe trop souvent dans nos vies: On tourne furieusement, on s’agite avec frénésie  parce qu’on a la sensation que tout va s’écrouler si on s’arrête, et nous en premier. On se laisse gagner par un rythme électrique, on consacre notre attention à des évènements qui nous survoltent et nous épuisent, sans réfléchir à leur bien-fondé ou à leur intérêt,  et trop souvent, on passe à côté de ce qui est vraiment essentiel pour nous.
On tourbillonne, les jours passent vite et se ressemblent, on se laisse embarquer sur des bâteaux qui ne sont pas toujours les nôtres, vers des destinations qui ne nous ressemblent pas, et on oublie qu’on a le choix de faire autrement.

 

La révélation du jour, c’est que le monde ne s’écroulera pas si vous appuyez sur « pause ». Le monde ne s’écroulera pas si vous ralentissez suffisamment pour vous poser les bonnes questions et pour identifier ce que vous voulez vraiment faire de votre vie. Le monde ne s’écroulera pas si vous décidez de prendre le temps de choisir votre bâteau et votre destination. Et non seulement il ne s’écroulera pas, mais il pourra enfin se construire et s’élever authentiquement, sur des fondations solides et pleines de sens.

 

Un grand merci à la mayonnaise, et surtout à ma fille, pour la jolie leçon…

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© MAUD SIMON / Fais ce qu'il te plaît / Witch in the city / My Genius / Little Big Soul, 2019.

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