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Le laboratoire du bonheur

 

Voici un extrait du chapitre que j’ai écrit sur l’estime de soi, pour l’ouvrage collectif « Le laboratoire du bonheur », paru aux éditions Solar. 

 

« A la fin de sa vie, Léonard de Vinci écrivit ceci: “J’ai offensé Dieu et l’humanité car mon travail n’a pas atteint la qualité qu’il aurait dû avoir. ”

 

Nous sommes alors en 1519. Leonard de Vinci est manifestement en train de traverser un fort pénible épisode de faible estime de lui-même. J’aurais pu dire « Manifestement, Leonard de Vinci souffrait d’une faible estime de lui-même ». Mais j’emploie le mot épisode. Parce qu’une des plus intéressantes caractéristiques de l’estime de soi est sa propension à fluctuer. Je dis intéressant parce qu’on tend à croire qu’on dispose d’une bonne ou d’une mauvaise estime de soi. A vie. Or, on n’a pas une bonne estime de soi ou une mauvaise estime de soi. On a une estime de soi qui change en fonction de l’évaluation que l’on fait de chacun(e) de nos actions et de nos comportements. L’estime de soi, c’est un peu un baromètre qui nous révèle dans quelle mesure on vit, ou non, en accord avec nos valeurs, en fonction de ce à quoi on donne de l’importance. L’estime de soi, c’est la valeur que l’on s’accorde. C’est le fait de se trouver, ou non, digne de valeur. Elle se manifeste par la fierté que nous avons, ou pas, d’être nous-même. Sans que nous en soyons toujours conscients, notre petit gardien intérieur évalue continuellement nos actes et nos comportements, et cette évaluation a du poids, elle nous atteint. Elle se traduit à peu près en ces termes : « ce que je fais est bien, est valable à mes yeux » ou « ce que je fais n’est pas valable ». Dans le premier cas, je me sens valorisé alors que dans le second, je suis dévalorisé ; je tombe littéralement dans mon estime.

 

L’estime de soi est donc une notion fragile et changeante. Elle augmente chaque fois que nous agissons en respectant nos valeurs et diminue à chaque fois que nos comportements vont à leur encontre. Il est par conséquent possible qu’elle soit très haute ou très basse selon les périodes de notre vie. Il n’y a donc pas, comme on pourrait parfois le penser, d’un côté nous, qui avons une mauvaise estime de nous-même, qui craignons d’être jugés, d’être rejetés, qui n’osons pas toujours nous déployer, nous et une poignée de malchanceux qui partagent notre sort désastreux, et de l’autre côté le reste de l’humanité, constituée de personnes ayant une bonne estime d’elles-mêmes, des personnes sûres d’elles, qui croquent la vie à pleines dents blanches avec assurance, audace, amour d’elles-mêmes, en souriant de toutes lesdites dents. Ça, ça existe dans les publicités pour les déodorants et les voitures. Dans la réalité, nous sommes tous, avons tous été, seront tous confrontés à des épisodes récurrents de faible estime de nous-même. Autant donc tenter de nous y faire et de ne pas trop nous en lamenter, car à moins d’être sociopathe et/ou dictateur, nous n’y coupons, n’y couperons pas. Même en étant riche, célèbre, aimé, brillant, reconnu. Sinon, Meryl Streep ne dirait pas : « Vous pensez : « pourquoi quelqu’un voudrait encore me voir dans un film ? Et je ne sais pas jouer de toute façon, pourquoi je fais ça ? », et Jodie Foster ne confierait pas après avoir gagné son Oscar de la meilleure actrice : « je pensais qu’on allait forcément découvrir qu’il y avait une erreur et qu’on viendrait reprendre mon Oscar ; qu’on allait venir frapper à ma porte en disant « Excusez-nous, en fait, on devait le donner à Meryl Streep».

 

Répétez donc après moi: c’est normal que je me sente parfois (souvent) totalement inadéquat et nul. C’est un de mes solides points communs avec Meryl Streep, Jodie Foster, Leonard de Vinci, et plus des 9/10èmes de l’humanité. Les failles de l’estime de soi existent depuis au moins 1519 et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

 

Donc, ce constat observé, que fait-on ? Je pose cette question parce qu’on présuppose généralement la chose suivante : on présuppose qu’une bonne estime de soi est nécessaire pour agir, pour nous déployer en mettant en œuvre nos projets, en avançant vers nos rêves, en effectuant des changements dans nos vies, en réalisant des objectifs importants. On présuppose (et aussi parce qu’on nous le dit et qu’on nous le répète) qu’une bonne estime de soi est un pré-requis indispensable à l’action. On pense qu’une bonne estime de soi permet la mise en œuvre d’une forme d’audace, d’aplomb, de persévérance, de ténacité. Si on dispose d’une bonne estime de soi, on a l’audace d’agir et la persévérance de poursuivre son action jusqu’à l’atteinte de l’objectif souhaité.

 

Ce qui est fort juste dans ces données, c’est qu’il y a bel et bien un lien entre les différentes notions. Il y a une corrélation entre une bonne estime de soi et l’audace d’agir, de faire des choses qui sont importantes pour nous et qu’on a envie de voir réussir. Une corrélation, donc. Mais pas un lien de cause à effet à sens unique qui se schématiserait ainsi : bonne estime de soi  audace d’agir ; car il se trouve que le lien est totalement réversible : audace d’agir  bonne estime de soi.

 

L’estime de soi se gagne justement par l’action, l’action estimable à nos yeux. L’action audacieuse remportant plus de points que l’action non-audacieuse (par exemple, faire la vaisselle n’a généralement pas d’effet majeur sur le développement de notre estime de nous-même). En mettant en œuvre nos talents, en réalisant des actions qui nous rapprochent de nos rêves, en manifestant nos passions, en agissant en conformité avec nos valeurs, avec donc, ce qui a de la valeur pour nous, ce qui est important à nos yeux, notre estime de nous-même se développe.

 

On a tendance à faire de l’estime de soi un modèle essentiellement théorique, qu’il faut étudier, un concept intellectuel, qu’on décortique, auquel il faut réfléchir, sur lequel il faut travailler. Alors qu’il y a également, et peut-être avant tout, une dimension très organique, que l’on nourrit avec du souffle, des élans, des projets, de l’action très factuelle.

 

Si nous partons du principe que l’estime de soi est un grave problème individuel qui entrave notre bonheur et qu’il faut impérativement traiter avant de pouvoir agir, que c’est l’ennemi intérieur à abattre avant d’être capable de faire quoique ce soit d’important pour nous ; si on attend donc d’avoir réglé ce problème pour se déployer, pour actualiser son potentiel, et pour se sentir plus heureux, comme nous l’avons vu plus haut, on peut attendre longtemps. Par chance, Leonard de Vinci et tous les grands créateurs n’ont pas attendu de s’aimer pour créer. Les musées seraient bien vides. Non, en fait, il n’y aurait pas de musées…

 

Donc plutôt que de poser dans ce chapitre la question suivante: Comment lutter contre une faible estime de soi pour pouvoir agir ? je vais tenter d’apporter des éléments de réponse à celle-ci : En sachant que les épisodes de faible estime de soi sont récurrents et endémiques, comment agir, comment avancer, comment se déployer en ayant parfois une faible estime de soi ? Parce que ce n’est pas directement l’estime que nous nous portons qui nous rend plus heureux; c’est le fait d’oser, par l’action, manifester qui nous sommes vraiment.

 

Donc, comment peut-on agir en ayant parfois une faible estime de soi, et dit autrement : comment agir, avancer, se déployer en ayant peur ? Car la peur et la faible estime de soi sont deux notions intimement liées…

 

Le manque d’estime de soi, c’est en effet une sorte d’insécurité intérieure. C’est moins la conviction absolue que l’on n’a pas assez de valeur que la crainte absolue que si l’on se montre tel qu’on est, si l’on essaie, si l’on ose, les autres s’aperçoivent qu’il n‘y a rien de suffisamment intéressant en nous. La crainte qu’ils n’aiment pas ce qu’on a à donner. Que les autres ne nous aiment pas. Et que nous nous sentions rejetés.

 

La peur d’échouer, la peur de décevoir, la peur d’être jugé, critiqué, moqué dérivent toutes de la même grande peur : celle d’être rejeté.

 

On passe une grande partie de son temps à se montrer différent de ce qu’on est vraiment, à porter un masque, à adapter ses comportements. On se conforme, on écoute des voix qui ne sont pas les nôtres, on emprunte des voies qui ne sont pas les nôtres, on se fait petit, on s’endort dans des vies qui nous plaisent à demi ou pas du tout, parce qu’on a peur de se déployer, de dire et de montrer qui l’on est, ce qu’on est, et aussi ce qu’on n’est pas. On met en place un large attirail de mécanismes de défense de notre vrai moi : au choix, et souvent on les mixe, on procrastine, on repousse à plus tard, on ne finit jamais ses projets, on est perfectionniste, on souffre d’indécision chronique, on n’ose pas mettre en œuvre de changements, on ne s’engage pas vraiment, on se rend invisible, ou au contraire « cool », cynique, ou arrogant. On n’attire pas l’attention sur son vrai moi parce qu’on ne veut pas risquer d’attirer l’attention sur ses imperfections. Oser agir, s’exposer, c’est prendre le risque que nous soit renvoyée une image de nous-même négative qui résonne avec nos craintes les plus profondes de ne pas être assez bien, pas assez à la hauteur, pas assez aimé.

 

Pour éviter de ressentir ces émotions, on évite les actions qui pourraient nous exposer   émotionnellement. On ne se montre pas vraiment parce que se montrer vraiment, c’est se rendre vulnérable. Mais, contrairement à ce que l’on peut souvent croire, notre vulnérabilité n’est pas notre ennemie. C’est notre trésor le plus précieux. Et c’est pourquoi le manque d’estime de soi n’est pas un ennemi à abattre mais un compagnon à écouter et à apprivoiser ; parce qu’il nous indique l’existence de ce trésor. Et que c’est ce trésor qui peut nous mener au bonheur. »

 

Vous pouvez trouver « Le laboratoire du bonheur » sur amazon.fr

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Mon Ange Gardien ressemble à Paul Rudd

Le laboratoire du bonheur

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© MAUD SIMON / Fais ce qu'il te plaît / Witch in the city / My Genius / Little Big Soul, 2019.

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